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Sylvie arriva vers seize heures. Nous avons pris une légère collation pour nous donner du courage avant de nous rendre chez les voisins.
Nous longeâmes l'étang. Le manoir se trouvait à cent mètre de l'étang. D'un côté, il y avait une forêt et de l'autre de l'herbe à perte de vue. Mais cette herbe était complètement sèche comme s'il ne pleuvait jamais. Depuis deux jours, pourtant cela ne s'arrêtait plus. Seul aujourd'hui, un grand soleil trônait dans le ciel. Il n'y avait aucun bruit ni chants d'oiseaux. La route était trop loin pour entendre les voitures.
Tout à coup, on entendit: HOU! HOU ! Nous sursautâmes. Nous avions eu très peur mais ce n'était qu'un hibou qui s'envolait. En nous regardant, nous nous sommes mis à rire aux éclats. Dans la forêt, il y avait plein de petits yeux qui nous regardaient. C'était trop sombre pour s'y aventurer. Il s'agissait surêment d'animaux.
Nous avons continué notre chemin. Tout le parc était lugubre. Nous sommes enfin arrivées au manoir. Nous, d'habitude si riantes et insouciantes, étions très méfiantes. Je frappai à la porte. Personne ne répondit. Sylvie recommença mais toujours la même chose, rien. Je réessayai et encore rien. Nous avons décidé de revenir plus tard.
Nous nous apprêtions à repartir quand la porte s'ouvrit. Un homme, tout de noir vêtu, nous accueillit.
-"Bonjour, monsieur, je suis votre nouvelle voisine. Je venais me présenter et voir si vos enfants pouvaient venir jouer, demandais-je.
-"Mademoiselle, je n'ai jamais eu d'enfants et je n'en aurais jamais. Veuillez déguerpir immédiatemment," répondit-il froidement.
Malgré sa froideur, je lui répondis:" Au revoir, monsieur".
Sa façon de parler et de s'habiller me faisait froid dans le dos. Nous sommes parties aussitôt. Sylvie me dit:" En tout cas, ce n'est surêment pas lui qui as pris ton rosier. Tout est noir chez lui et lui aussi. Quelle horreur cet homme !"
"Mais qui a pu me le voler ?" lui répondis-je.
Toute la fin d'apès-midi, nous avons dansé et pensé à autre chose. Avec Sylvie, on riait beaucoup ensemble. Même à l'école, les professeurs pensaient que j'étais dissipée.
Le soir avant de me coucher, je regardais les étoiles avec mes jumelles, mon télescope était toujours dans les cartons du grenier. Quand je vis le rideau d'une pièce en haut du manoir voisin bougé. Avec mes jumelles je fis un zoom et il me sembla voir un jeune garçon. Je n'y comprenais rien. Le voisin nous avait bien assuré qu'il n'avait pas d'enfant. Et là, un garçon. Il faudrait attendre que le voisin s'en aille pour faire une excursion chez lui. Heureusement, mes parents ne savaient pas que j'étais allée voir le voisin.
Louis se leva ce matin-là de mauvaise humeur. Il lui manquait la gourmette que sa copine Julie lui avait offert. Tous les quatre avons cherché le reste de la journée et pas de gourmette. Il fallait se rendre à l'évidence, elle était perdue.
Lundi et mardi étaient deux journées de collèges banales mais pas pour mes parents qui étaient convoqués chez le directeur. J'étais collée pour avoir trop ri en classe au lieu d'écouter les cours. Le mercredi je n'avais pas cours alors je restais à nettoyer le jardin car mes parents m'avaient puni aussi.
Depuis le temps que nous vivions ici, environ un mois, je n'avais jamais entendu une voiture. Là, j'entendis très nettement le moteur d'une voiture. Le voisin devait partir. C'était le moment où jamais. J'appelai d'abord Sylvie pour lui raconter puis je me précipitai au manoir.